Inventer-le-monde :
l'artiste citoyen
Younès Rahmoun, "Ghorfa (suite)," 2007-2012.

jeudi 6 décembre 2012

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Younès Rahmoun,
Ghorfa (suite),
Installation, intervention,
2007-2012,
Courtesy de l’artiste.

Né à Tétouan en 1975. Vit et travaille à Tétouan, Maroc.

L’environnement du Rif, ses paysages de montages et la mémoire de la famille de l’artiste, joue un rôle constructeur dans l’oeuvre de Younès Rahmoun. Les premières productions artistique sont des gestes lié à ce paysage dans lequel il intervient pour transformer les meules de foin en sculptures évolutive avec la vie des habitants (Temmoun, 1996). En construisant sa Ghorfa #4 (Al-Âna/Hunâ), comme installation permanente et évolutive sur un terrain agricole familial à Beni-Boufrah, il inscrit le Rif dans son parcours artistique. Mais il contribue aussi à valoriser une région abandonnée par le pouvoir central marocain après l’indépendance, et désertée plus tard par les habitants contraints à immigrer vers l’Europe à la recherche de possibilités de travail et d’éducation pour leurs enfants.

Pour Inventer le monde : l’artiste citoyen, Younès Rahmoun poursuit le tissage de liens entre le lieu de production de la Ghorfa #4 dans le Rif et le lieu d’exposition au Bénin. L’intervention de l’artiste au Centre Kora à Cotonou consiste à tracer une série de lignes directement sur le mur, reprenant les crêtes de montagnes du Rif sur la longueur du mur, et à la base sont posés des relevés dessinés des cailloux transportés depuis le Rif et d’autres collectés au Bénin, ainsi que les images photographiques des lieux où l’artiste les a trouvés. L’artiste a échangé une pierre du Rif avec chacune des sept pierres, prise sur des chantiers différents à Cotonou. Cette action est aussi une occasion pour engager des conversation avec les travailleurs et les habitants. L’artiste décrit cet échange de petites pierres comme un symbole de liberté de mouvement, dans ce cas précis, entre les pays du continent africain dont les frontières sont souvent un fait post-colonial.

Le titre de l’intervention est précisé par une simple extension (suite) du titre initial Ghorfa, comme pour insister sur le lien de l’espace-référence à tous les autres lieux d’expositions et de déplacements de l’artiste autour du monde, en utilisant des gestes de transpositions et d’échanges d’éléments collectés. Le projet Ghorfa évoque plus les déplacements comme autant d’échanges et de conversations, des notions qui font vivre aussi bien le lieu de départ que celui d’arrivée, dans des allers/retours permanents.

E.C./A.K.


  • Younès Rahmoun, Ghorfa (suite), 2012. Vue de l’installation au Centre Kora, Cotonou. Photo : A. K.