Inventer-le-monde :
l'artiste citoyen
Raqs Media Collective, "Undertow," 2012.

jeudi 4 octobre 2012

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Raqs Media Collective ,
Undertow,
2012,
Installation, performance,
Courtesy Studio Raqs Media Collective.

Raqs Media Collective est un trio d’artistes-théoriciens formé en 1992 à New Delhi.
Avant de s’engager sur le terrain du monde de l’art, ils réalisent ensemble plusieurs documentaires. En 2000, avec le soutien d’universitaires indiens, les membres du collectif fondent Sarai (www.sarai.net), un centre de recherche sur la ville et les médias situé dans la capitale indienne. À la fois artistes, critiques, commissaires d’expositions, écrivains, cinéastes, éditeurs, théoriciens des médias, ils utilisent la vidéo, l’installation, la photographie, le texte, Internet, ou la performance. C’est par leur entremise que la traduction en hindi du fascinant livre de Jacques Rancière, La Nuit des Prolétaires (1981), fut réalisée et publiée en 2009. Ceci donna lieu par la suite au diptyque vidéo Strike at Time (2011) qui, comme souvent dans leur travail, se nourrit de la tentaculaire ville de New Delhi à laquelle s’ajoute, cette fois, le prisme du livre du philosophe français.

Les workshops et les conférences sont aussi pour Raqs un mode d’expression privilégié pour élaborer leurs questionnements. Ceux-ci s’emploient à déborder et à contrarier les catégories et les formes cohérentes de la modernité, en particulier les notions de progrès et de développement. Leur méthode s’inscrit dans un registre poétique et dans une approche ludique de l’image et des archives (coloniales notamment), du langage et de la mémoire. Aussi, les récits et les héros du Mahābhārata s’invitent parfois dans leur dispositif.

Pour la Biennale Bénin 2012, Raqs Media Collective propose une série de rencontres qui s’organisent sur plusieurs jours : discussions, projections, organisation d’un repas. Au-delà d’une première présentation de leur travail sur le continent africain, ces rencontres entendent mettre en contact le public avec les données conceptuelles et matérielles de leur travail, notamment en déplaçant à Cotonou certains éléments de leur atelier. Les conditions de convivialité et de partage sont donc rassemblées, pour mettre en œuvre une vivifiante dérive des continents, peut-être aussi pour remettre à l’ordre du jour Lémurie, légendaire continent perdu de l’Océan Indien reliant l’Inde au sud de l’Afrique.

C.V.