Inventer-le-monde :
l'artiste citoyen
Bibliothèque pilote et performance avec les taxis motos / MAVA (Meschac Gaba)

vendredi 26 octobre 2012

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Meschac Gaba a développé un langage conceptuel pour « penser l’Afrique moderne » : « montrer par mon travail le temps que je vis » [1]. Ses pièces sont le produit d’un dialogue permanent avec le monde de l’art et d’une interrogation active sur les mutations en cours. Par son travail, il nous parle d’appropriation culturelle (Contemporary Archaeology, 2003), de critique institutionnelle (Musée d’Art contemporain africain, 1990-2009), de marchandisation (Vanity, 1996 ; Lake of Wisdom, 2009) et de politique (Diplomatique, 2008 ; Actuels, 2010).

Pour la Biennale du Bénin, il développe deux projets : Voyages (2012) présenté dans l’espace Kora, dans le cadre de l’exposition internationale et une nouvelle phase du projet évolutif, MAVA - musée de l’Art de la vie active - avec Bibliothèque pilote. Celle-ci prévoit l’installation, dans l’atelier de l’artiste à Fidjrossè Centre, de presque trois mille volumes, des catalogues d’artistes et des livres d’art - dons d’institutions artistiques au musée d’Art contemporain africain. L’artiste, qui milite pour l’ouverture d’un espace d’art contemporain à Cotonou, présente cette bibliothèque comme une action militante invitant le public à poser un regard sur la production artistique mondiale, tout en nous rappelant le sens du lieu dans lequel cette exposition se donne à voir. Pour ce faire une Bibliothèque roulante s’adjoint à la Bibliothèque pilote.

Des extraits des livres sont diffusés dans la ville par l’intermédiaire de taxis-motos. Ceux-ci circulent pendant toute la durée de la manifestation avec des plaques sur lesquelles sont inscrites les phrases-slogans. Ce procédé, qui emprunte à la fois à la publicité et à la manifestation, joue avec les frontières du cadre institutionnel, tout en promouvant son objectif : faire de Cotonou un musée de l’Art de la vie active. L’intervention publique est le moyen pour interpeller les autorités de la capitale économique du pays. En décembre 2010, il avait déjà organisé une procession dans la ville convoquant Marie Curie, Kwamé N’Krumah, Jésus-Christ, Louis Pasteur, Karl Marx, Socrate, Guézo, Béhanzin…, chacun représenté par des signes tressés - coiffes colorées portées par une trentaine de mannequins déambulant.

L’artiste a l’habitude d’investir le tissu urbain et de faire appel à un public participatif, dans l’espace public (procession MAVA, Cotonou, 2010 et Bâle, 2011) comme dans les espaces d’exposition (Peace Maker, New York, 2004 et Ginger Bar, Biennale de Venise, 2003), en ce sens il défend une posture originale vis-à-vis de la figure d’« artiste-citoyen ».

Francesca Cozzolino

Historienne de l’art et Docteur en anthropologie sociale et membre de l’équipe anthropologie de l’écriture de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (Paris), Francesca Cozzolino est Professeur d’Histoire de l’Art et du Design Graphique auprès de l’École Supérieure d’Art des Pyrénées.

NOTES

[1] Entretien avec Meschac Gaba, Rotterdam, 12 juillet 2012.


  • Meschac Gaba, Bibliothèque pilote, 2012.