Inventer-le-monde :
l'artiste citoyen
Invisible Borders Trans-Africa Photography Project, "Invisible Borders 2011 & 2012 (Frontières invisibles 2011 & 2012)," 2011 & 2012.

jeudi 6 décembre 2012

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Invisible Borders Trans-African Photography Project,
Invisible Borders 2011 - The Film,
(Dirigé par Emeka Okereke avec la participation de Ray Daniels Okeugo, Amaize Ojeikere, Uche Okpa Iroha, Tom Saater, Unoma Geise, Chidinma Nnorom, Kemi Akin-Nibosun, Jumoke Sanwo, Ala Kheir, Emmanuel Iduma, Nana Oforiatta-Ayim, Lucy Azubuike, Emeka Okereke),
2011,
45 min.
Courtesy d’Invisible Borders Trans-African Photographers Organisation.

Invisible Borders 2012,
Carnets de voyages (Installation d’images et d‘objets) (Artistes : Lilian Novo Isioro, Emmanuel Iduma, Jide Odukoya, Mario Macilau, Lesedi Mogoathle, Ray Daniels Okeugo, Emeka Okereke, Amaize Ojeikere, Uche Okpa Iroha, Kemi Akin-Nibosun, Jumoke Sanwo, Ala Kheir),
2012,
Dimensions variables.
Courtesy d’Invisible Borders Trans-African Photographers Organisation.

Intitulé Trans-African Photographic Project (« Projet Photographique Trans-Africain »), c’est un dispositif fondé sur la transformation réciproque de la société et de l’art, et sur la capacité des Africains à être les narrateurs de leur propre histoire. La clef de voûte en est un voyage annuel (Roadtrip) invitant un groupe d’artiste à redécouvrir le continent par la route. Ce projet est initié par le photographe nigérian Emeka Okereke, dont la pratique est à la fois conceptuelle et documentaire, et cette double dimension se retrouve dans le projet Invisible Borders depuis sa création en 2009.

Pour les artistes trans-Africains, inventer le monde signifie se réapproprier un territoire et un langage. L’édition de 2011 a permis de relier Lagos à Addis-Abeba en passant par le Tchad et le Soudan ; y ont participé cinq photographes et vidéastes et deux écrivains, originaires du Nigéria, du Soudan et du Ghana. Le déplacement géographique est le prétexte d’un déplacement dans l’imaginaire : la route permet d’appréhender les espaces dans leur continuité, de repérer des points communs ténus entre des sociétés différentes – le fil conducteur du voyage restant le dialogue artistique noué entre les voyageurs eux-mêmes, avec les artistes et les institutions qui les hébergent.

Cette réinvention de l’espace réel trouve un prolongement dans l’espace virtuel, avec la création d’un site Internet présentant les archives, photo et vidéo, du projet. La dimension esthétique des images est inséparable d’une dimension politique. Les photographies déjouent les clichés de l’exotisme en montrant une Afrique en mouvement, prise par des photographes eux-mêmes mobiles. Les vidéos reprennent du cinéma direct la légèreté de la caméra, qui sert de bloc-notes pour les artistes mais aussi d’outil d’expression pour les personnes rencontrées. L’Afrique devient un matériau vivant, à réinventer sans cesse, car comme l’écrit Emeka Okereke en exergue de la vidéo du Roadtrip de 2011 : « Les artistes Trans-Africains ne cherchent pas à définir l’Afrique d’après leur propre africanité, parce que l’Afrique, c’est ce qu’ils en font, et non l’inverse. »

La forme documentaire est adopté dans cette contribution du collectif, à l’image de leur pratique témoignant de l’expérience du voyage et celle de la rencontre.
Le film documente le périple du collectif Invisible Borders sur les routes de plusieurs pays africains, traversant les frontières terrestre, organisant des ateliers artistiques, et produisant des images de leurs propres traversées.

P.R.