Inventer-le-monde :
l'artiste citoyen
Adrian Missika, "Darvaza," 2011.

jeudi 17 janvier 2013

Adrian Missika,
Darvaza,
2011,
vidéo,
Collection NMNM, Monaco.

Adrien Missika est né en 1971 à Paris.

Le parcours d’ Adrien Missika le conduit à Lausanne où il co-fonde en 2006 l’espace d’art 1m3. L’année suivante il est diplômé du département de photographie de l’ECAL. Il a participé à de nombreuses expositions dans des institutions internationales parmi lesquelles le Nouveau Musée National de Monaco (2012), la Galerie Crone (Berlin, 2012), le Palais de Tokyo (Paris, 2009), le Centre d’Art Contemporain de Genève (Genève, 2009), le Beirut Art Centre (Beirut, 2011) et plus récemment La Salle de bains à Lyon. Missika a été le lauréat du 13ème Prix de la Fondation d’entreprise Ricard en 2011.

Adrien Missika fait partie d’une génération d’artistes pour lesquels l’entropie et l’anticipation revêtent des caractéristiques attrayantes. Cette position trouve des filiations dans l’histoire de l’art mais il s’avère qu’elle manifeste sa pertinence par son mode d’apparition aujourd’hui, dans une ère de la massification de la culture et de l’information. Missika mène depuis plusieurs années une investigation dont la principale motivation est l’image, usant des outils technologiques afin de troubler l’authenticité de notre perception du réel. Car chez Missika la fiction s’écrit au travers de la fabrication de l’image. Ses photographies, vidéos et installations traduisent une multiplicité en faveur d’une altération du réel et de la véracité des récits construits par l’artiste.

Pour la Biennale du Bénin, la vidéo Darvaza (2011) est présentée au Centre Kora. Missika y filme un paysage désertique du Turkménistan dans lequel un cratère est en combustion permanente depuis 1971. Depuis plusieurs années, ce lieu est devenu une curiosité touristique documentée sur les canaux de diffusion de You Tube. « Derweze » signifie « porte » en turkmène, le lieu étant surnommé « la porte des enfers ». En 1970, une prospection minière soviétique a conduit des géologues à percer accidentellement une cavité souterraine. L’observation, la manipulation de l’image par l’artiste, et la bande sonore composée par Victor Tricard servent alors le basculement vers une narration erronée d’occurrences historiques et géographiques. Darvaza pourrait ainsi traduire l’hypothèse d’un ensemble de phénomènes géologiques et scientifiques artificiels qui possèdent entre eux certaines relations. Cela suggère aussi une observation a posteriori des maladresses scientifiques de l’homme sur son environnement. Cette observation est annulée par une fabrication de l’histoire anticipée, donnant l’impression d’un enfer de carte postale.

K.B.